Qui êtes-vous ?

Jerusalem, Israel
Journaliste indépendante, je suis installée à Jérusalem depuis septembre 2009, après avoir vécu à Kaboul (Afghanistan)de janvier 2007 à décembre 2008. Lors de ces deux années, j'ai couvert pour plusieurs media, l'actualité afghane. Presse écrite, radio ou encore télé, j'ai multiplié les collaborations en radio et presse écrite. Correspondante de RFI, RTL, Radio Vatican, France Info, France Inter, France Culture et I télé, Le Parisien, L'Equipe Magazine, Le Figaro, Figaro Magazine, CB News, La Nouvelle République. Rentrée pour quelques mois en France, j'ai effectué quelques CDD chez RFI avant de repartir m'installer à l'étranger.

24/09/2008

UN DOCUMENT REVELE LES DESSOUS DE L'EMBUSCADE DU 18 AOUT DERNIER


Plutôt qu’un rapport c’est un document secret qui a été révélé par le journaliste canadien Graeme Smith. Ce sont 4 pages de notes, illustré de cartes, servant à nourrir un rapport et marqué de la mention OTAN-ISAF secret. C’est un officier américain des services secrets qui auraient recueilli ces informations auprès de 13 soldats américains des forces spéciales qui étaient aux côtés des français lors de l’embuscade du 18 août dernier.
Ce document confirme que les soldats français étaient sous équipés lors de l’embuscade. Ils n’auraient eu que 90 minutes de munition et une seule radio pour communiquer avec le commandement, radio utilisée notamment pour demander un soutien aérien. Mais le plus surprenant c’est que ce document révèle que les soldats de l’armée afghane se sont enfuis pendant les combats. Si cette information est vraie, elle est problématique puisqu’elle met en jeu l’objectif des forces internationales en Afghanistan qui est de former une armée capable de se défendre face à l’ennemi taliban.
A l’heure où les parlementaires français doivent voter sur le maintien de l’armée française en Afghanistan, ce document relance la polémique sur les conditions de l’embuscade du 18 août dernier.

13/09/2008

Visite éclair à Kaboul pour les familles des soldats tués en Afghanistan

« Par délicatesse et par respect pour leur démarche de deuil, on ne dit pas si la journée s’est bien passé ou pas. On ne dit pas si le but recherché a été atteint. On ne peut pas s’exprimer à leur place ». Tels sont les mots du commandant de Lavessière, conseiller communication du contingent français de Kaboul. Rappelons que ce jour là, aucun journaliste n’était présent sur place selon la volonté des familles. Et par mesure de sécurité, leur emploi du temps a été gardé secret jusqu’à la dernière minute.

Ils étaient 17 à participer à ce voyage, accompagnés par le ministre de la Défense Hervé Morin. Parmi eux, les familles des soldats tués lors de l’embuscade du 18 août dernier, mais aussi celles de soldats morts en 2006 et 2007. Rappelons qu’au total ce sont 24 militaires français qui ont perdu la vie en Afghanistan depuis que la France y est présente militairement.

L’avion de la République Française a atterri vers 8h (heure locale) vendredi matin à l’aéroport militaire de Kaboul. Les familles ont ensuite rejoint en convoi la grande base française, Warehouse, qui se trouve en périphérie est de la capitale afghane. Sur place les familles ont assisté à une cérémonie œcuménique puis à une commémoration au monument aux morts. Après cela ils ont pu discuter avec le Général Stollsteiner, commandant des forces françaises à Kaboul et échanger avec quelques militaires sur place. « Chaque personne a pu poser des questions et s’exprimer. On espère que ça leur a apporté quelque chose. Mais les réponses sont peut être dérisoires par rapport aux douleurs des familles » poursuit le commandant de Lavessière. Les familles sont reparties en fin d’après-midi vers la France, pas question donc de se rendre en vallée d’Uzbin, sur les lieux de l’embuscade du 18 août dernier.

Même si ce genre de voyage avait déjà été organisé, comme en 2004 à Bouaké (Côte d’Ivoire), les militaires basés en Afghanistan ont été surpris de cette décision. « Si on commence à faire venir les familles de chaque soldat qui meurt, on n’a pas fini… » a déclaré un officier français de Kaboul tout en précisant que « si ça peut les aider à faire leur deuil et bien tant mieux ». Quoiqu’il en soit, les militaires français d’Afghanistan déplorent la surmédiatisation des récents événements et rappelle que le risque fait partie intégrante de leur mission dans ce pays.

11/09/2008

JO de Pékin...Première médaille dans l'histoire de l'Afghanistan


Dans le grand stade Ghazi de Kaboul, la musique et les applaudissements retentissent. Près de 5000 personnes attendent avec impatience l’arrivée du nouveau héros de l’Afghanistan. Rohullah Nikpai, 21 ans, a gagné la médaille d’argent de taekwondo aux Jeux Olympiques de Pékin.

Autour du stade, la sécurité a été considérablement renforcé : des centaines de policiers et de soldats sont déployés. Et toutes les rues de la capitale sont bloquées. Partout dans la ville, des posters le représentant sont affichés. Rohullah est une star, et pour cause, c’est la première fois que l’Afghanistan remporte une médaille aux Jeux Olympiques. Ecoutons le président de la fédération afghane de taekwondo Gulam Rabbani :
« D’abord je tire mon chapeau à ceux qui comme lui ont réussi ont tout donné dans un contexte difficile où l’Afghanistan n’a pas de moyens pour ce genre de préparation sportive et de compétition. Nos infrastructures sportives sont inexistantes. Et je demande vraiment comment on a réussi à gagner une médaille dans une compétition aussi importante que les Jeux Olympiques. »

A l’aéroport, c’est le vice-président Khalili en personne qui vient l’accueillir. Et c’est sur le toit d’un camion avec d’autres athlètes qu’il fait son entrée triomphante dans le stade. La foule est en liesse et des hélicoptères lâchent des tracts sur lesquels est écrit : «il a fait la fierté du peuple afghan ». Dans son discours, Rohullah Nikpai profite de son statut pour faire passer son message.
« J’ai un message pour les jeunes afghans : il faut faire du sport et persévérer. N’importe quel sport. Il faut qu’un jour les Afghans soient plus nombreux à participer aux jeux asiatiques, aux JO et aux championnats du monde pour gagner des médailles et faire honneur à notre beau drapeau !
»

En guise de récompense, Rohullah Nikpai a reçu un chèque de 4000 euros ainsi qu’une voiture offerte par un opérateur téléphonique et le président Karzai lui a promis une maison dans Kaboul. Une journée de fête et pleine d’espoir qui aura permis aux Afghans de mettre leur dur quotidien entre parenthèses.

11 septembre... 7 ans après

A Kaboul, quand on demande aux habitants ce qu’il pense de la présence militaire internationale , les langues se délient : pas d’amélioration dans leur quotidien , trop de victimes du conflit, leur situation n’a pas tellement évolué en 7 ans.
On est bien loin de l’espoir de septembre 2001, chute du régime taliban qui mettait fin à plus de 25 années de guerre. La reconstruction du pays s’était alors amorcée et le peuple afghan dans sa majorité soutenait les forces militaires internationales.

Mais aujourd’hui, les actions de l’OTAN et des Américains perdent de leur légitimité : Oussama Ben Laden, le responsable présumé des attentats du World Trade Center n’a pas été retrouvé, et le conflit s’est étendu à tout le pays. Alors que la situation afghane devient de plus en plus instable, l’OTAN renforce ses troupes.
Ajoutons à cela la polémique actuelle autour des victimes civiles. Depuis le début de l’année 2008, près de 1000 civils ont été tués dans le conflit. Et ce sont les bombardements aériens de l’OTAN qui sont montrés du doigt. Alors dans les régions du sud, celles qui souffrent le plus du conflit, la population, prise en étau entre les taliban et l’OTAN, se sent de moins en moins en sécurité.

Les Afghans ont perdu confiance en la présence internationale et petit à petit se retourne vers l’opposition talibane.

08/09/2008

Victimes civiles: la polémique enfle et l'OTAN est montré du doigt

« Les Américains ne sont pas là pour nous aider ! Ils détruisent nos maisons et tuent des innocents ! » déplore Habiboullah, jeune étudiant de la faculté de Kaboul. Comme lui, ils sont nombreux à réagir de la sorte face aux bavures des forces de l’OTAN en Afghanistan.

Le 22 août dernier près du village d'Azizabad, où les insurgés sont très présents, à quelques 120 kms d'Herat (grande ville de l'ouest afghan), un raid conjointement mené par les forces américaines et les commandos afghans a fait 90 morts parmi les civils. Un chiffre annoncé par le gouvernement afghan et aussitôt validé par les Nations Unies. De leur côté, les Américains ont exprimé leurs regrets pour "la perte de vies innocentes parmi les Afghans que nous sommes censés protéger ». Des excuses que les Afghans ont du mal à accepter: cette tragédie a provoqué un vif émoi au sein de la population afghane. De nombreuses manifestations se sont déroulées dans la province d’Hérât ainsi que dans la capitale afghane. « Mort aux Américains ! » criaient les manifestants et des villageois en colère se sont attaqués à des soldats afghans. « Les Américains affirment que des talibans se trouvaient dans la région, mais ils doivent le prouver ! De tels bombardements éloignent la population du gouvernement. Les gens sont très en colère » a exprimé Nematullah Sharani, ministre des affaires religieuses et président de la commission d’enquête.

Depuis, la polémique n’a cessé d’enfler et cet événement a fortement contribué à la dégradation des relations américano-afghanes. Au lendemain de cette bavure, le gouvernement afghan a déclaré qu’il souhaitait renégocier la présence des forces étrangères en Afghanistan, sans doute une stratégie du président Karzai pour récupérer le soutien de sa population à l’approche des élections présidentielles. Pour se démarquer des actions de l’OTAN, Hamid Karzai s’est rendu la semaine dernière sur les lieux du drame. C’est ici qu’il a déclaré devant les familles des victimes que ses relations avec les Etats-Unis s’étaient considérablement tendues. Il a par ailleurs promis que les responsables de cette opération seraient punis.
Ce n’est pas la première fois que les forces internationales sont accusées d’être responsable de la mort de civils afghans mais selon la commission présidentielle, le bombardement d’Azizabad constitue la plus grosse bavure de l’OTAN en Afghanistan. Selon la commission afghane des droits de l’homme ce sont plus de 900 civils qui depuis début 2008 sont morts dans ce conflit. La population afghane et surtout celle qui vit dans les zones de combat, développe de plus en plus un véritable sentiment de ras le bol voire de haine face à la présence militaire internationale. Le président afghan a compris que les bavures des forces internationales ont des conséquences désastreuses dans la stratégie de pacification du pays et ont pour conséquence le retournement de la population vers l’opposition talibane.

Afghanistan: le guide touristique qui fait polémique...

«Même si l’Afghanistan vit au rythme des attentats, il serait malhonnête de réduire
ce pays aux talibans, au terrorisme,à la burqa ou encore à l’opium », souligne Constance de Bonnaventure,correspondante à Kaboul du « Parisien » - « Aujourd’hui
en France », dont l’expérience et les superbes photos illustrent la première édition de ce Petit Futé consacré à l’Afghanistan*.Mais la sortie de ce guide—programmée
par l’éditeur depuis plus d’un an — au lendemain de la mort de dix soldats
français n’a pas vraiment plu au Quai d’Orsay.« Ce n’est pas de la provocation ».
« Cela neme semble pas approprié car il n’est pas raisonnable du tout d’y effectuer un voyage touristique »,s’indigne Eric Chevallier, nouveau porte-parole du ministère des Affaires étrangères, qui rappelle que l’Afghanistan est sur la « liste rouge »
des pays déconseillés aux voyageurs. « Vu les risques d’attentats et d’enlèvements,
ajoute-t-il, nous déconseillons tous les voyages, hors raisons professionnelles majeures. »

Directeur de collection du Petit Futé, Dominique Auzias ne comprend pas cette polémique et se défend: « Ce n’est pas de la provocation. Je n’incite personne à y aller… L’Afghanistan est un pays où la France est en guerre et je ne trouve pas indécent de publier un ouvrage à l’attention du plus grand nombre sur un pays où nos compatriotes risquent chaque jour leur peau.Quand on envoie nos soldats là-bas, on peut aussi raconter aux Français l’histoire, la géographie et la culture d’un pays
qui, depuis les Cavaliers de Kessel,fascine tout le monde. » Et notamment
toute une génération de Français qui furent les premiers humanitaires à s’engager au côté de la résistance afghane face aux troupes soviétiques dans les années 1980.
Au-delà de la guerre que connaît l’Afghanistan depuis près de trente ans, on découvre ici un peuple rude et fier dans des paysages à couper le souffle. Un ouvrage indispensable pour comprendre l’Afghanistan d’aujourd’hui.

Bruno Fanucchi
(*) « Afghanistan »,
de Constance de Bonnaventure,
Le Petit Futé, 288 pages, 18 euros.

07/09/2008

Après l'embuscade...Témoignage d'un soldat français

A 32 ans, le Lieutenant Ronald (son nom de famille n’est pas mentionné par raison de sécurité) dirige la section « Rouge 4 » de la 3e compagnie du Régiment de Marche du Tchad (RMT). Avec ses hommes, ils étaient dans l’embuscade du 18 août dernier qui a coûté la vie à 10 soldats français. Blessé par un éclat de balle à la jambe, c’est sur son lit d’hôpital qu’il retrace pour nous, le récit de cette journée noire pour l’armée française…

« Ce jour-là, la patrouille est partie de la base de Tora (située à proximité du village de Surobi à l’est de Kaboul). Au total, une vingtaine de véhicules militaires se suivaient. Alors que les soldats du 8e RPIMa faisaient leur reconnaissance en haut du col de la vallée d’Uzbin, ceux du RMT surveillaient le bas du col avec l’ANA (l’armée nationale afghane) ». Le 18 août dernier, près de 100 soldats français, américains et afghans participaient à cette patrouille dont l’objectif était de reconnaitre les lieux.

« Juste avant de partir vers la vallée d’Uzbin, nous avons, comme d’habitude, fait un briefing, carte à l’appui ». Deux jours avant, la zone avait été reconnue par une patrouille à pied qui s’était rendue jusqu’au village de Spir Kundi autour duquel a eu lieu l’embuscade. Et les Français étaient visiblement avertis des dangers de la vallée. « A Uzbin, on savait qu’il y avait des ennemis. Mais de toutes façons, c’est comme partout, on s’attend toujours à trouver l’ennemi ».
Les soldats français qui partent en mission en Afghanistan reçoivent une semaine de formation particulière. « En France, nous avons été préparés aux spécificités du conflit afghan et à la principale principales menace, à savoir l’IED. On a aussi assisté à des cours magistraux sur l’asymétrie de ce conflit, les aspects culturels, etc. Concernant l’embuscade, ça fait partie de notre enseignement de base».

Le 18 août vers 15h, soit deux heure et demie après avoir quitté la base de Surobi, la patrouille se fait prendre à partie par une centaine d’insurgés selon l’armée française. « On était quasiment encerclés. Et les insurgés tiraient de tous les côtés, avec précision. C’était surprenant ! Avec ma section on a commencé à tirer des missiles pour appuyer le RPIMa en haut du col ». C’est environ une heure plus tard qu’arrivent les renforts aériens. « Il était impossible de fournir un appui aérien au départ des combats, dans la mesure où l’ami était imbriqué dans le combat» précise le lieutenant Ronald. Jusqu’à 21h, les coups de feu résonnent dans la vallée, pour devenir assez sporadiques vers 1h du matin. Ils ne reprendront que le lendemain matin au lever du jour, pendant quelques minutes. « Je me suis demandé quand est ce qu’ils s’arrêteraient ! Nous on n’a pas cessé de tirer ! »

C’est le lendemain vers 13H que les français quittent les lieux. Le bilan est lourd : 10 soldats tués. « Vu l’intensité des feux c’était évident qu’il y aurait autant de morts, si ce n’est plus ! C’est un miracle qu’on s’en soit sorti !» relativise le lieutenant. « Il ne faut pas nous faire passer pour des victimes. Arrêtons d’utiliser ce mot ! Nous sommes des acteurs, pas des faibles ». Comme la plupart des autres soldats, le lieutenant Ronald a vécu sa première expérience du feu. « Oui, ça m’a effrayé de voir tant de puissance. Mais dans ces cas là il ne faut pas se poser de question. J’avais simplement peur pour mes hommes ».

Et quand on lui demande de définir l’ennemi, le lieutenant Ronald hésite… « C’est quasiment impossible de l’identifier ! C’est un villageois armé… L’ennemi est indéfinissable. Il n’a pas de type particulier, pas de costume. Même avec des moyens très perfectionnés on ne peut pas toujours l’identifier tant la géographie du pays est complexe »

Dans quelques jours maintenant, le lieutenant Ronald va rentrer chez lui, retrouver sa femme et ses trois enfants. Après 4 mois passés en Afghanistan, l’heure est au bilan… « Avec ce genre d’expérience on sait au moins si on est fait pour le métier de soldat ou pas… et on se rend compte que tout ce qu’on a appris nous sert ». Une mission qu’il n’oubliera jamais… « C’est ma meilleure mission. La plus intéressante, la plus opérationnelle et avec le plus de moyens. Ca nous a fait du bien à tous

Sortie du Petit Futé Afghanistan



Ca y est! Le Petit Futé Afghanistan est sorti. Fruit de plusieurs mois d'enquête et de rédaction, il offre, en plus d'une sélection de sites et d'hébergements, des clés pour comprendre ce pays.

Embuscade du 18 août: 10 soldats français tués. Pour en savoir plus...

Le18 août dernier 10 soldats français sont morts en Afghanistan dans une embuscade tendue par un groupe d’insurgés près de Surobi, à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Kaboul. Trois semaines plus tard il reste encore beaucoup de zones d’ombre sur les circonstances et le déroulé de cet accrochage. Et la polémique ne cesse d’enfler…

Qui a tendu cette embuscade ?

Toutes les sources locales s’accordent pour dire que l’embuscade tendue aux français a été conjointement menée par des combattants du Hezb-e-Islami (groupe d’opposition islamiste armé) et des taliban. « Même s’ils n’ont pas les mêmes méthodes d’action, ces deux groupes ont les mêmes objectifs : faire partir les forces étrangères » explique un conseiller politique aux Nations Unies, spécialiste de la région. La vallée d’Uzbin, lieu où ont été attaqués les soldats français est un des fiefs du Hezb-e-Islami. La zone est stratégique : l’objectif des insurgés est de contrôler la route qui relie Kaboul à Jalalabad, la grande ville de l’est, afin qu’armes et Taliban transitent du Pakistan vers l’Afghanistan. Les attaques contre les convois militaires se multiplient et la route est marquée par des traces de voitures brûlées.
Reste à savoir si des combattants étrangers (Arabes, Tchétchènes, etc.) liés à Al-Qaïda ont participé à l’attaque. Lutfullah Mashal, gouverneur du Laghman (province qui jouxte Surobi) confirme leur présence dans sa région. Ce que certifie un conseiller politique des Nations Unies : « même si les taliban afghans n’aiment pas être commandés par des étrangers, on sait qu’il y a des militants d’Al-Qaeda qui viennent du Pakistan».


Circonstances de l’attaque ?


L’attaque n’aurait pas été préparée à l’avance par les insurgés. A Surobi, nous rencontrons Farid (son nom a été changé), militant du Hezb-e-Islami et proche des combattants qui ont tendu l’embuscade. Il explique qu’aucun ordre n’avait été donné par la hiérarchie talibane ou Hezb-Islami. « Au départ, il n’y avait qu’un petit groupe d’une vingtaine de militants locaux du Hezb-e-Islami et l’initiative de l’attaque a été prise par un petit commandant local ». Quand ils ont vu l’ampleur que prenait la bataille, des taliban se sont joints à eux et des villageois auraient pris les armes aux côtés des insurgés, ce que confirme le gouverneur du Laghman. Ce dernier ajoute que les insurgés ont été prévenus qu’une patrouille des forces de l’OTAN s’approchait. « Les insurgés n’ont certainement pas eu besoin de préparer cette attaque. Pour eux c’était facile étant donné la géographie du lieu. Les Français ne pouvaient rien faire, ils étaient coincés dans cette vallée encaissée » explique un conseiller politique des Nations Unies.
Sur son lit d’hôpital dans la base militaire française, le lieutenant Ronald raconte. « On était complètement encerclés. Les mecs tiraient avec précision, c’était surprenant, ils arrivaient à viser les véhicules».
Les Français étaient ils renseignés sur la vallée d’Uzbin ? « Notre patrouille n’était qu’une mission de reconnaissance » précise le lieutenant Romuald. « Les Italiens, qui étaient en charge de cette zone avant nous, nous ont dit que c’était dangereux » témoigne pourtant anonymement un soldat. Même mise en garde côté villageois, « le directeur de l’école de Spir Kundi (l’endroit où a eu lieu l’attaque), leur avait dit de ne pas aller plus loin ».
Comment les français ont été tués ?
Plusieurs questions restent sans réponse, notamment sur la manière dont ont été tués les soldats français. L’armée française nie qu’ils aient été enlevés puis torturés. Connaissant les méthodes des insurgés, il n’est cependant pas impossible qu’ils aient utilisé des armes blanches. D’après Luftahllah Mahsal les combattants ont récupéré plusieurs fusils français Famas. Quant au sort de Perwiz, l’interprète afghan des Français, il est connu. Il a bien été torturé et son corps a été retrouvé mutilé.

Beaucoup d’éléments restent à vérifier afin que tout soit clair. Une certitude toutefois : en se déployant dans ces zones de conflit, la France devient désormais une cible privilégiée pour les insurgés afghans.

Constance de Bonnaventure
(Le Parisien du 4 septembre 2008)

05/09/2008

Et pourant elle tourne sur France Inter -Spéciale Afghanistan. Avec les soldats français

Ce soir sur France Inter à 18h15 dans l'émission Et Pourtant elle tourne, vous pourrez écouter des témoignages de soldats français revenus de l'embuscade du 18 août, mais aussi des réactions d'Afghans, des déclarations de députés français sur la présence militaire en Afghanistan.
Bien sûr sera abordé la question des polémiques.

Avec Eric de Lavarène (journaliste spécialiste Afghanistan/Pakistan), Stéphane Faure (spécialiste défense de France Inter) et moi-même en direct de Kaboul.

A très vite!