Qui êtes-vous ?

Jerusalem, Israel
Journaliste indépendante, je suis installée à Jérusalem depuis septembre 2009, après avoir vécu à Kaboul (Afghanistan)de janvier 2007 à décembre 2008. Lors de ces deux années, j'ai couvert pour plusieurs media, l'actualité afghane. Presse écrite, radio ou encore télé, j'ai multiplié les collaborations en radio et presse écrite. Correspondante de RFI, RTL, Radio Vatican, France Info, France Inter, France Culture et I télé, Le Parisien, L'Equipe Magazine, Le Figaro, Figaro Magazine, CB News, La Nouvelle République. Rentrée pour quelques mois en France, j'ai effectué quelques CDD chez RFI avant de repartir m'installer à l'étranger.

21/08/2009

Les Afghans aux urnes

7h du matin, la ville de Kaboul, habituellement réveillée à cette heure-ci donne l’impression qu’elle dort encore. A l’heure où les bureaux de vote doivent ouvrir leurs portes, l’atmosphère est étrangement calme. Les rues sont vides, toutes les boutiques sont fermées, il n’y a pas un taxi, seules quelques voitures qui se font arrêter et sont scrupuleusement fouillées par la police afghane. Les chars de l’armée sont prêts à bondir et des hélicoptères tournent dans le ciel. Cet arsenal de sécurité déployé pour l’occasion contraste avec l’aspect fantôme de la ville en ce matin des élections. Visiblement les Afghans ont préféré rester chez eux. Les menaces des insurgés Taliban ont été prises au sérieux. « C’est à cause de la sécurité s’il n’y a personne. Les gens ont un peu peur. Ils ne préfèrent pas venir dans les centres de vote aujourd’hui» explique Massoud qui gère un petit bureau de vote dans une mosquée. Ici, sur 400 inscrits, seuls 48 sont venus voter…
Zargunah School, école de fille, est l’un des plus gros centres de vote de la capitale afghane. Située dans un quartier résidentiel à quelques pas du centre ville de Kaboul, ce bureau de vote a prévu de recevoir près de 10 000 personnes selon la Commission Indépendante Electorale afghane. Pourtant, deux heures après l’ouverture, il n’y a qu’une petite queue d’une quarantaine de personnes. Et à la mi-journée, on ne compte qu’un millier de votants. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Munis de sa carte électorale, Ahmad, s’avance pour tremper son doigt dans l’encre indélébile qui permet d’éviter les doubles votes. On lui remet deux bulletins : l’un pour les présidentielles où il devra choisir parmi 31 candidats, l’autre pour les provinciales. Pour ceux qui ne savent pas lire, les photos des candidats sont accolées à leurs noms. Ahmad part ensuite se cacher derrière son isoloir en carton. Sa carte électorale est poinçonnée pour prouver qu’il a voté. Tous les moyens sont réunis pour éviter les fraudes, très probables. C’est ainsi que dans ces centres de votes, les organisateurs et observateurs sont parfois plus nombreux que les votants. Parmi eux, Philippe Larrieu, conseiller à l’ambassade de France, et observateur de l’Union Européenne. Il a à sa charge huit bureaux de vote qu’il doit visiter pour noter les éventuels dysfonctionnements. « On a vu par exemple que les perforeuses servant à poinçonner les cartes pour prouver le vote ne fonctionnaient pas. Alors les afghans font des trous avec leurs ciseaux…Un votant souhaitait reprendre son bulletin dans l’urne car il s’était trompé.. Mais nous on ne peut rien dire, on observe, c’est tout. »
Dans le reste du pays, des attaques sporadiques ont été recensées malgré l’ordre du gouvernement Karzai aux media de ne pas relayer les violences. Dans les provinces du sud, ce sont des dizaines de bureaux de vote qui n’ont pas pu ouvrir. A Kapissa, province où sont basés les soldats français, des combats ont empêché les citoyens de se rendre aux urnes.
Le président sortant Hamid Karzai reste optimiste et qualifie cette journée de « succès ». « Le peuple afghan a défié les roquettes, les bombes et les intimidations pour venir voter. Nous verrons quelle sera la participation mais ils sont venus voter c’est formidable ».
Outre la sécurité, le manque de confiance en la politique a favorisé cette forte abstention. « Ca n’avait pas de sens pour moi d’aller voter. Je n’ai confiance dans aucun des candidats. Je n’y crois pas » explique Atiq, jeune directeur d’une boite de communication afghane. Dans son entreprise, des 40 employés, aucun n’est allé voter jeudi.
Constance de Bonnaventure

Aucun commentaire: