Qui êtes-vous ?

Jerusalem, Israel
Journaliste indépendante, je suis installée à Jérusalem depuis septembre 2009, après avoir vécu à Kaboul (Afghanistan)de janvier 2007 à décembre 2008. Lors de ces deux années, j'ai couvert pour plusieurs media, l'actualité afghane. Presse écrite, radio ou encore télé, j'ai multiplié les collaborations en radio et presse écrite. Correspondante de RFI, RTL, Radio Vatican, France Info, France Inter, France Culture et I télé, Le Parisien, L'Equipe Magazine, Le Figaro, Figaro Magazine, CB News, La Nouvelle République. Rentrée pour quelques mois en France, j'ai effectué quelques CDD chez RFI avant de repartir m'installer à l'étranger.
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10/02/2008

Le cinéma afghan renaît difficilement de ses cendres...

Après 25 années de guerre, l’Afghanistan est aujourd’hui un pays en totale reconstruction. Depuis 2002, le pays essaie entre autre de retrouver sa vivacité culturelle des années 70. Mais si quelques réalisateurs afghans émergent du lot après des années de labeurs, le cinéma afghan ne s’est pas encore constitué comme référence.

Le décor était déjà là : sur un terrain ravagé par les années de guerre trônent des carcasses de tanks russes et les bâtiments portent les séquelles des bombes lâchées sur Kaboul. Afghans, Français et Iraniens travaillent ensemble. Nous sommes en Afghanistan, le tournage du prochain film de Barmak Akram, jeune réalisateur franco-afghan, touche à sa fin. Pour son premier long métrage, Kabouli Kid (L’enfant de Kaboul), Barmak Akram a choisi sa terre natale. L’histoire raconte la disparition d’un nourrisson de 3 mois, recueilli par un chauffeur de taxi. Et surtout, elle nous plonge complètement dans le Kaboul actuel. « Je voulais faire un film documentaire qui montre les dégâts de 25 années de guerre, autant par les Russes que par les Américains, un peu à la manière du néo réalisme italien. J’ai profité de ce décor abimé par la guerre pour l’enregistrer dans l’Histoire dans le cadre d’une fiction » explique ce jeune réalisateur qui espère présenter son œuvre au Festival de Berlin.

Aujourd’hui, le cinéma afghan renaît difficilement de ses cendres et essaie, tout simplement, de se constituer à proprement parler. Car si l’Afghanistan est resté plongé durant 25 années dans la guerre, la culture, pendant ce temps, s’est aussi arrêtée de vivre. Jusqu’en 1979, année de l’invasion soviétique en Afghanistan, le cinéma faisait partie intégrante de la vie culturelle des citadins afghans. A la fin des années 1970, Kaboul comptait 31 cinémas, mais les nombreux bombardements ne les ont pas épargnés, et le régime taliban entre 1996 et 2001 a ordonné la fermeture de toutes les salles.

Seulement 10 cinémas ont survécu dans tout le pays, dont 7 à Kaboul. Et même si la guerre est terminée, l’insécurité perdure et les Afghans n’ont pas repris leurs habitudes culturelles des années 70. La vie nocturne est inexistante et la télévision reste le seul loisir. « Du fait des conflits civils, la population a complètement changé. La culture est loin d’être une priorité » déplore Siddiq Barmak, réalisateur et producteur afghan le plus reconnu. Aujourd’hui les cinémas ne sont pas très bien famés et les femmes ne s’y rendent jamais. Les films projetés à l’écran sont essentiellement indiens ou iraniens. « En allant au cinéma, les Afghans veulent rire, écouter de jolies musiques indiennes. Avant tout découvrir un autre visage de la vie et passer au-delà de leur réalité » poursuit Siddiq Barmak.

Depuis 6 ans, chute du régime taliban, des efforts ont pourtant été entrepris pour promouvoir les réalisations cinématographiques afghanes. Mais le problème majeur reste les financements, et la culture n’est pas une priorité dans les programmes de reconstruction. Pour le moment, seuls quelques réalisateurs ont réussi à sortir du lot. Les autres réalisent des courts métrages. « Les bons réalisateurs vivent en dehors de l’Afghanistan. C’est une tragédie, car l’Afghanistan n’a pas assez d’argent pour les aider » déplore Monsieur Latif, directeur d’Afghan Film, la société de cinématographie nationale. Rares sont ceux qui, comme Barmak Akram ou Siddiq Barmak, ont pu produire un long métrage. Car pour en arriver là, il fallu contourner bon nombre d’embûches. A commencer par trouver des financements. « C’est très difficile de financer un film afghan. Tout le monde a peur de mettre de l’argent en Afghanistan, c’est une prise de risque énorme» explique Philippe Gautier, le producteur français de Kabouli Kid.

Vient ensuite le problème de la main d’œuvre sur place. Trouver des gens qualifiés et composer avec ce que le pays peut offrir. « Les gens qui travaillent ici dans le cinéma ne sont pas de formation académique, ils ont simplement un peu d’expérience. Du coup la qualité n’est pas terrible » explique Monsieur Latif. A l’université de Kaboul, un département cinéma et théâtre accueille chaque année une petite centaine d’étudiants. Mais cette formation toute récente n’a pas encore porté ses fruits. « Je crois qu’il y a beaucoup de jeunes qui ont envie de faire du cinéma, et ça c’est très encourageant. Malheureusement ils ont du mal à trouver de l’argent.» déplore Philippe Gautier.

Car ici, il n’y a pas vraiment de structure établie pour faciliter l’industrie du cinéma. Chacun fait comme il peut. Siddiq Barmak tout comme Barmak Akram ont alors fait appel à des équipes internationales pour leurs films mais préfèrent quand ils le peuvent travailler avec des Afghans « Ici, les problèmes majeurs tiennent de l’incompréhension de certaines notions. Etablir un programme, avoir une journée équilibrée par exemple. L’insécurité fait aussi que beaucoup de choses prévues tombent à l’eau. Tout est fragile. Il a fallu se battre tous les jours pour que le tournage se fasse en temps et en heure » raconte Philippe Gautier.

Siddiq Barmak qui a déjà réalisé Oussama en 2003 (sacré meilleur film étranger de l’année aux Golden Globes) termine son second long métrage, Opium War, qui raconte les péripéties de deux soldats russes égarés en Afghanistan et qui découvrent un tank habité par une famille afghane. Le film sera présenté au prochain festival de Cannes. Pour lui, on ne peut pas parler d’un cinéma afghan « Il y a si peu de productions. Dans toute l’histoire de notre cinéma, on en compte une quarantaine». Avis partagé par son homologue Barmak Akram, « On ne peut pas dire qu’il y ait de cinéma afghan. On sort de la guerre et la culture n’a pas encore une place très importante, même si c’est ce dont auraient besoin les afghans : avoir une identité culturelle, se projeter dans des fictions, exprimer leurs douleurs dans des fictions, leur mal être, etc ».

L’envie et la volonté d’une nouvelle génération redonneront sans aucun doute de la vitalité au cinéma afghan, qui a, lui aussi, souffert de la guerre. Pour beaucoup de réalisateurs, il est incontournable que le thème de la guerre continuera longtemps à marquer les productions afghanes. Un peu à la manière du cinéma d’après-guerre en Europe, les 25 années de conflit en Afghanistan vont probablement nourrir beaucoup de scénarii.

10/01/2008

L'archéologie française en Afghanistan

Fondée en 1922, la DAFA, Délégation Archéologique Française en Afghanistan, reste pendant de longues années, la seule mission archéologique active dans le pays. Après 20 ans de fermeture à cause des nombreuses guerres, la DAFA rouvre en 2003. Depuis, l’Afghanistan voit arriver chaque année une dizaine d’archéologues français qui, malgré l’insécurité, continuent à fouiller ce pays aux mille et uns trésors.

« Etudier, protéger et sauvegarder le patrimoine archéologique et monumental dans le cadre de programmes de terrain », telle est la mission remplie par la DAFA, explique Roland Besenval, son directeur depuis 2003, « un travail [qui] se fait en collaboration avec les Afghans », ajoute ce fin connaisseur du pays. Une dizaine d’archéologues français actuellement en mission en Afghanistan travaillent sur plusieurs chantiers de fouilles archéologiques.
Explorations, sondages, inventaires et classements, tous les moyens sont réquisitionnés pour découvrir Balkh, une cité antique située à quelques kilomètres de la grande ville du nord de l’Afghanistan, Mazar-e-Sharif. Avec l’institut d’archéologie d’Afghanistan, les Français effectuent des recherches scientifiques sur l’histoire de l’agglomération de Balkh, ville clé pour les conquêtes d’Alexandre et cité du royaume Kuchan (IIe-IIIesiècles après JC.), depuis les origines jusqu’à la période islamique.

Fouilles … et protection du patrimoine

Non loin de cette cité, la mosquée d’Hadji Piyada, découverte par hasard à la fin des années 1960, fait partie des programmes prioritaires. « Il va falloir s’en occuper très sérieusement compte tenu de son état » insiste Roland Besenval, qui recherche des fonds pour, en tout premier lieu, consolider les colonnes puis financer les fouilles et restaurer les décors de cette mosquée du 9e siècle. Un bâtiment exceptionnel pour l’histoire de l’architecture islamique ancienne et pour lequel la DAFA joue essentiellement un rôle de protection du patrimoine.
La DAFA se penche également sur trois autres chantiers afghans. A Herat, un chantier d’étude de la ville pré-islamique se déroule chaque année en août et septembre, autour d’un programme franco-allemand. Les chercheurs profitent des chantiers de construction moderne dans cette ville pour faire des sondages.

A Bamiyan, cité mondialement connue pour ses bouddhas détruits en 2001 par les taliban, la mission du professeur Tarzi, ancien directeur des antiquités d’Afghanistan, travaille sur la ville royale, ancien grand centre de pèlerinage. Ce chantier s’ouvre en juillet et aout prochains. Mais parfois, des événements rappellent que l’Afghanistan reste un pays instable. Ainsi, les fouilles sur le site d’Aghata dans le Wardak, à quelques kilomètres au sud de Kaboul ont été récemment suspendues à cause de la montée récente de l’insécurité dans cette zone.

Le pillage des sites, « un cauchemar »

A Kaboul enfin, la capitale afghane, la DAFA collabore avec l’institut national d’archéologie et le musée d’Afghanistan. Dans le cadre de ses missions, la délégation française forme de jeunes archéologues afghans. « Nous souhaitons aussi les faire venir en France pour leur apprendre des techniques nouvelles auxquelles ils n’ont pas accès en Afghanistan. C’est un point que nous souhaitons développer très sérieusement. Mais pour ca, il faut des moyens» explique Roland Besenval.
Tous ces sites souffrent d’un même problème, le pillage. Pendant les 25 années de guerre, les chantiers ont été abîmés, saccagés et même pillés. « C’est un cauchemar pour la restitution de l’histoire de l’Afghanistan, et malgré la volonté et les efforts du gouvernement afghan, la situation continue » déplore Roland Besenval.
« C’est passionnant de travailler ici, même si la zone est difficile, car peu de choses ont été écrites. Mais les sites sont énormes et il y en a encore beaucoup qui sont enterrés, à découvrir », s’enthousiasme David Jurie, âgé d’une trentaine d’années, a fait le choix de s’installer ici depuis 2003. Malgré les tensions qui agitent le pays en ce moment, les archéologues français poursuivent avec passion leurs missions. La DAFA peine cependant à faire venir de nouveaux candidats dans ce pays qui n’a pas bonne presse. Mais la magie du pays et la perspective de découvrir un nouveau site majeur de l’histoire de la route de la Soie nourrissent la motivation de ces archéologues.

Entre la France et l’Afghanistan, des liens anciens

L’histoire des liens entre la DAFA et l’Afghanistan remonte à 1922 : la France, grâce à ses relations avec le monde islamique et sa bonne expertise culturelle, se voit proposer la mise en place d’une délégation archéologique. Suite à un accord avec les autorités afghanes de l’époque, les Français ont alors le quasi-monopole des fouilles archéologiques en Afghanistan. Ajoutons à cela, que les deux pays se partageaient la totalité des trouvailles.
Après la Seconde Guerre mondiale, la recherche archéologique s’ouvre aux autres nationalités. Mais les Français restent les seuls, et ce, encore aujourd’hui, à avoir une mission permanente en Afghanistan. Le pouvoir soviétique ordonne la fermeture de la DAFA en 1982, qui ne rouvrira qu’en 2003. Aujourd’hui, trois archéologues vivent en permanence à Kaboul. Pour la France, c’est un intérêt scientifique que le Ministère des Affaires Etrangères continue à entretenir.