Qui êtes-vous ?

Jerusalem, Israel
Journaliste indépendante, je suis installée à Jérusalem depuis septembre 2009, après avoir vécu à Kaboul (Afghanistan)de janvier 2007 à décembre 2008. Lors de ces deux années, j'ai couvert pour plusieurs media, l'actualité afghane. Presse écrite, radio ou encore télé, j'ai multiplié les collaborations en radio et presse écrite. Correspondante de RFI, RTL, Radio Vatican, France Info, France Inter, France Culture et I télé, Le Parisien, L'Equipe Magazine, Le Figaro, Figaro Magazine, CB News, La Nouvelle République. Rentrée pour quelques mois en France, j'ai effectué quelques CDD chez RFI avant de repartir m'installer à l'étranger.
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16/10/2008

Premiers pas vers les élections présidentielles...



Les hauts parleurs accrochés à la voiture tapissée de posters d’information retentissent dans le bazar de Charikar, ville de la Chamalie au nord de Kaboul : « Venez chercher vos cartes d’électeurs. Vous avez un mois pour vous enregistrer ! ». Au total, 4 bureaux ont été installés pour l’occasion dans des bâtiments publics de la ville: écoles, cliniques ou encore mosquées.

Au lycée Sadeqi, deux bureaux ont été ouverts : un pour les femmes, l’autre pour les garçons. Des policiers surveillent les entrées principales. Ce matin, on se bouscule pour récupérer sa nouvelle carte. Outre les nombreux jeunes qui ont atteint la majorité, ce sont aussi les réfugiés qui reviennent d’Iran ou du Pakistan qui ont besoin de s’enregistrer. Dans ce pays où 60% de la population a moins de 25 ans, les jeunes représentent une grande partie de l’électorat.

Wajia, bientôt 18 ans, uniforme noir et petit voile blanc, attend son tour pour se procurer sa première carte. « Je suis ici parce que je veux choisir le président du futur de notre pays. Je veux que l’Afghanistan se redresse. Notre président va surement construire des routes et des choses comme ça pour améliorer notre quotidien. » Wajia sait déjà qu’elle ne revotera pas pour Hamid Karzai. L’enthousiasme de ces jeunes est très vite balayé par les amertumes des électeurs de 2004. Il faut dire que la population afghane n’a pas vu son niveau de vie s’améliorer autant qu’elle pouvait l’espérer en 2001. Rien qu’à Kaboul, la capitale, les habitants n’ont qu’environ 2 heures d’électricité par jour et très peu d’eau courante.

Direction le petit village de Roja Sarayan à quelques minutes de Charikar. « Je préfère encore voter Georges Bush qu’Hamid Karzai ! » dit à moitié en riant le malek, autrement dit le chef du village. Ici, les habitants veulent du concret, comme Adul Qadir qui déclare : « je voterais pour celui qui fait le paquet de farine à 5000 afghanis (80 euros) ».

A peine arrivé dans le village, Qasim Ahmad, chargé de la campagne d’information sur l’enregistrement des électeurs, emprunte le micro de la mosquée pour passer son annonce aux villageois. Des posters sont collés un peu partout. Qasim Ahmad n’a pas une mission facile : il doit aller de village en village pour expliquer aux habitants l’intérêt de la carte d’électeurs. Une mission délicate qui lui impose de bien évaluer la politique des zones dans lesquelles il se rend. « Bien évidemment, on précise aux gens que ça n’engage à rien, et qu’ensuite ils pourront voter pour celui qu’ils veulent. On leur explique que s’ils ne votent pas ils ne pourront pas se plaindre après… On essaie de venir au bon moment dans les villages parce que les gens sont occupés. Par exemple, on va venir pendant la prière à la mosquée ou alors à la fin de l’école quand les gens sortent dans les rues» explique-t-il.
Mais l’équipe de Qasim est confrontée à un sérieux problème : beaucoup d’Afghans n’ont plus foi en les entités gouvernementales. « Le gouvernement n’a rien fait pour eux ! Rien ! Par exemple ces routes, elles n’ont jamais été refaites comme promis ! Du coup ces Afghans n’ont plus confiance, ils ne veulent pas voter » poursuit Qasim Ahmad.
Pourtant, à Charikar, on est bien loin des combats et de l’insécurité qui reste l’obstacle majeure au bon déroulé de cet enregistrement. Rappelons qu’une grande partie du pays vit dans la guerre et que les insurgés ont d’ores et déjà lancé un avertissement en déconseillant aux Afghans de participer à ce processus : « ne perdez pas votre temps pour des élections qui de toutes façons seront frauduleuses » a déclaré un porte-parole du mouvement. Dans le nord-est, un camion rempli de formulaires d’enregistrement a été brûlé et dans la province de Ghazni, au sud ouest de Kaboul, c’est par hélicoptères que les bulletins ont été acheminés. Chris Alexander, numéro 2 des Nations Unies en Afghanistan (un des principaux bailleurs de l’organisation de ces élections) essaie de garder son optimisme : « il y a beaucoup d’incertitudes à la veille du début de cet exercice. Les gens n’ont une confiance absolue que ça marche. Et bien sur, il va y avoir des pertes, des attaques. Il y en a déjà eues. Il y a des cas d’intimidation. Lorsque ça frappe, ça frappe dur. Il va falloir malgré cela créer une atmosphère de confiance et que ces élections commencent à être perçues comme étant inévitables »
L’enregistrement de millions d’électeurs est la première étape d’un parcours incertain qui doit déboucher sur les présidentielles l’année prochaine. Mais les difficultés rencontrées dès aujourd’hui laissent planer le doute sur la tenue du scrutin en 2009.
Constance de Bonnaventure

24/09/2008

UN DOCUMENT REVELE LES DESSOUS DE L'EMBUSCADE DU 18 AOUT DERNIER


Plutôt qu’un rapport c’est un document secret qui a été révélé par le journaliste canadien Graeme Smith. Ce sont 4 pages de notes, illustré de cartes, servant à nourrir un rapport et marqué de la mention OTAN-ISAF secret. C’est un officier américain des services secrets qui auraient recueilli ces informations auprès de 13 soldats américains des forces spéciales qui étaient aux côtés des français lors de l’embuscade du 18 août dernier.
Ce document confirme que les soldats français étaient sous équipés lors de l’embuscade. Ils n’auraient eu que 90 minutes de munition et une seule radio pour communiquer avec le commandement, radio utilisée notamment pour demander un soutien aérien. Mais le plus surprenant c’est que ce document révèle que les soldats de l’armée afghane se sont enfuis pendant les combats. Si cette information est vraie, elle est problématique puisqu’elle met en jeu l’objectif des forces internationales en Afghanistan qui est de former une armée capable de se défendre face à l’ennemi taliban.
A l’heure où les parlementaires français doivent voter sur le maintien de l’armée française en Afghanistan, ce document relance la polémique sur les conditions de l’embuscade du 18 août dernier.

13/09/2008

Visite éclair à Kaboul pour les familles des soldats tués en Afghanistan

« Par délicatesse et par respect pour leur démarche de deuil, on ne dit pas si la journée s’est bien passé ou pas. On ne dit pas si le but recherché a été atteint. On ne peut pas s’exprimer à leur place ». Tels sont les mots du commandant de Lavessière, conseiller communication du contingent français de Kaboul. Rappelons que ce jour là, aucun journaliste n’était présent sur place selon la volonté des familles. Et par mesure de sécurité, leur emploi du temps a été gardé secret jusqu’à la dernière minute.

Ils étaient 17 à participer à ce voyage, accompagnés par le ministre de la Défense Hervé Morin. Parmi eux, les familles des soldats tués lors de l’embuscade du 18 août dernier, mais aussi celles de soldats morts en 2006 et 2007. Rappelons qu’au total ce sont 24 militaires français qui ont perdu la vie en Afghanistan depuis que la France y est présente militairement.

L’avion de la République Française a atterri vers 8h (heure locale) vendredi matin à l’aéroport militaire de Kaboul. Les familles ont ensuite rejoint en convoi la grande base française, Warehouse, qui se trouve en périphérie est de la capitale afghane. Sur place les familles ont assisté à une cérémonie œcuménique puis à une commémoration au monument aux morts. Après cela ils ont pu discuter avec le Général Stollsteiner, commandant des forces françaises à Kaboul et échanger avec quelques militaires sur place. « Chaque personne a pu poser des questions et s’exprimer. On espère que ça leur a apporté quelque chose. Mais les réponses sont peut être dérisoires par rapport aux douleurs des familles » poursuit le commandant de Lavessière. Les familles sont reparties en fin d’après-midi vers la France, pas question donc de se rendre en vallée d’Uzbin, sur les lieux de l’embuscade du 18 août dernier.

Même si ce genre de voyage avait déjà été organisé, comme en 2004 à Bouaké (Côte d’Ivoire), les militaires basés en Afghanistan ont été surpris de cette décision. « Si on commence à faire venir les familles de chaque soldat qui meurt, on n’a pas fini… » a déclaré un officier français de Kaboul tout en précisant que « si ça peut les aider à faire leur deuil et bien tant mieux ». Quoiqu’il en soit, les militaires français d’Afghanistan déplorent la surmédiatisation des récents événements et rappelle que le risque fait partie intégrante de leur mission dans ce pays.

08/09/2008

Victimes civiles: la polémique enfle et l'OTAN est montré du doigt

« Les Américains ne sont pas là pour nous aider ! Ils détruisent nos maisons et tuent des innocents ! » déplore Habiboullah, jeune étudiant de la faculté de Kaboul. Comme lui, ils sont nombreux à réagir de la sorte face aux bavures des forces de l’OTAN en Afghanistan.

Le 22 août dernier près du village d'Azizabad, où les insurgés sont très présents, à quelques 120 kms d'Herat (grande ville de l'ouest afghan), un raid conjointement mené par les forces américaines et les commandos afghans a fait 90 morts parmi les civils. Un chiffre annoncé par le gouvernement afghan et aussitôt validé par les Nations Unies. De leur côté, les Américains ont exprimé leurs regrets pour "la perte de vies innocentes parmi les Afghans que nous sommes censés protéger ». Des excuses que les Afghans ont du mal à accepter: cette tragédie a provoqué un vif émoi au sein de la population afghane. De nombreuses manifestations se sont déroulées dans la province d’Hérât ainsi que dans la capitale afghane. « Mort aux Américains ! » criaient les manifestants et des villageois en colère se sont attaqués à des soldats afghans. « Les Américains affirment que des talibans se trouvaient dans la région, mais ils doivent le prouver ! De tels bombardements éloignent la population du gouvernement. Les gens sont très en colère » a exprimé Nematullah Sharani, ministre des affaires religieuses et président de la commission d’enquête.

Depuis, la polémique n’a cessé d’enfler et cet événement a fortement contribué à la dégradation des relations américano-afghanes. Au lendemain de cette bavure, le gouvernement afghan a déclaré qu’il souhaitait renégocier la présence des forces étrangères en Afghanistan, sans doute une stratégie du président Karzai pour récupérer le soutien de sa population à l’approche des élections présidentielles. Pour se démarquer des actions de l’OTAN, Hamid Karzai s’est rendu la semaine dernière sur les lieux du drame. C’est ici qu’il a déclaré devant les familles des victimes que ses relations avec les Etats-Unis s’étaient considérablement tendues. Il a par ailleurs promis que les responsables de cette opération seraient punis.
Ce n’est pas la première fois que les forces internationales sont accusées d’être responsable de la mort de civils afghans mais selon la commission présidentielle, le bombardement d’Azizabad constitue la plus grosse bavure de l’OTAN en Afghanistan. Selon la commission afghane des droits de l’homme ce sont plus de 900 civils qui depuis début 2008 sont morts dans ce conflit. La population afghane et surtout celle qui vit dans les zones de combat, développe de plus en plus un véritable sentiment de ras le bol voire de haine face à la présence militaire internationale. Le président afghan a compris que les bavures des forces internationales ont des conséquences désastreuses dans la stratégie de pacification du pays et ont pour conséquence le retournement de la population vers l’opposition talibane.

07/09/2008

Après l'embuscade...Témoignage d'un soldat français

A 32 ans, le Lieutenant Ronald (son nom de famille n’est pas mentionné par raison de sécurité) dirige la section « Rouge 4 » de la 3e compagnie du Régiment de Marche du Tchad (RMT). Avec ses hommes, ils étaient dans l’embuscade du 18 août dernier qui a coûté la vie à 10 soldats français. Blessé par un éclat de balle à la jambe, c’est sur son lit d’hôpital qu’il retrace pour nous, le récit de cette journée noire pour l’armée française…

« Ce jour-là, la patrouille est partie de la base de Tora (située à proximité du village de Surobi à l’est de Kaboul). Au total, une vingtaine de véhicules militaires se suivaient. Alors que les soldats du 8e RPIMa faisaient leur reconnaissance en haut du col de la vallée d’Uzbin, ceux du RMT surveillaient le bas du col avec l’ANA (l’armée nationale afghane) ». Le 18 août dernier, près de 100 soldats français, américains et afghans participaient à cette patrouille dont l’objectif était de reconnaitre les lieux.

« Juste avant de partir vers la vallée d’Uzbin, nous avons, comme d’habitude, fait un briefing, carte à l’appui ». Deux jours avant, la zone avait été reconnue par une patrouille à pied qui s’était rendue jusqu’au village de Spir Kundi autour duquel a eu lieu l’embuscade. Et les Français étaient visiblement avertis des dangers de la vallée. « A Uzbin, on savait qu’il y avait des ennemis. Mais de toutes façons, c’est comme partout, on s’attend toujours à trouver l’ennemi ».
Les soldats français qui partent en mission en Afghanistan reçoivent une semaine de formation particulière. « En France, nous avons été préparés aux spécificités du conflit afghan et à la principale principales menace, à savoir l’IED. On a aussi assisté à des cours magistraux sur l’asymétrie de ce conflit, les aspects culturels, etc. Concernant l’embuscade, ça fait partie de notre enseignement de base».

Le 18 août vers 15h, soit deux heure et demie après avoir quitté la base de Surobi, la patrouille se fait prendre à partie par une centaine d’insurgés selon l’armée française. « On était quasiment encerclés. Et les insurgés tiraient de tous les côtés, avec précision. C’était surprenant ! Avec ma section on a commencé à tirer des missiles pour appuyer le RPIMa en haut du col ». C’est environ une heure plus tard qu’arrivent les renforts aériens. « Il était impossible de fournir un appui aérien au départ des combats, dans la mesure où l’ami était imbriqué dans le combat» précise le lieutenant Ronald. Jusqu’à 21h, les coups de feu résonnent dans la vallée, pour devenir assez sporadiques vers 1h du matin. Ils ne reprendront que le lendemain matin au lever du jour, pendant quelques minutes. « Je me suis demandé quand est ce qu’ils s’arrêteraient ! Nous on n’a pas cessé de tirer ! »

C’est le lendemain vers 13H que les français quittent les lieux. Le bilan est lourd : 10 soldats tués. « Vu l’intensité des feux c’était évident qu’il y aurait autant de morts, si ce n’est plus ! C’est un miracle qu’on s’en soit sorti !» relativise le lieutenant. « Il ne faut pas nous faire passer pour des victimes. Arrêtons d’utiliser ce mot ! Nous sommes des acteurs, pas des faibles ». Comme la plupart des autres soldats, le lieutenant Ronald a vécu sa première expérience du feu. « Oui, ça m’a effrayé de voir tant de puissance. Mais dans ces cas là il ne faut pas se poser de question. J’avais simplement peur pour mes hommes ».

Et quand on lui demande de définir l’ennemi, le lieutenant Ronald hésite… « C’est quasiment impossible de l’identifier ! C’est un villageois armé… L’ennemi est indéfinissable. Il n’a pas de type particulier, pas de costume. Même avec des moyens très perfectionnés on ne peut pas toujours l’identifier tant la géographie du pays est complexe »

Dans quelques jours maintenant, le lieutenant Ronald va rentrer chez lui, retrouver sa femme et ses trois enfants. Après 4 mois passés en Afghanistan, l’heure est au bilan… « Avec ce genre d’expérience on sait au moins si on est fait pour le métier de soldat ou pas… et on se rend compte que tout ce qu’on a appris nous sert ». Une mission qu’il n’oubliera jamais… « C’est ma meilleure mission. La plus intéressante, la plus opérationnelle et avec le plus de moyens. Ca nous a fait du bien à tous

24/01/2008

Condamnation à mort d'un journaliste afghan

Arrêté le 27 octobre dernier, le journaliste afghan, Perwiz Kambakhsh est accusé d’avoir blasphémé l’Islam. Il distribuait alors des tracts à la sortie de l’université de Balkh, dans le nord du pays, tracts qui notamment accusaient le prophète Mahommet d’ignorer les droits de la femme. Propos qualifiés par les officiels d’« insultant pour l'islam et interprétant de manière erronée des versets du Coran ». Mais selon sa famille et ses collaborateurs, le jeune journaliste, âgé de 23 ans, n’est pas lui-même l’auteur de ces propos qui proviendraient d’un site iranien. Pour le moment, Perwiz Kambakhsh n’a pas d’avocat. Et selon son frère, il compte faire appel du jugement. Quant au procureur adjoint de la province de Balkh, il a menacé d’arrestation tous ceux qui tenteraient de le soutenir.

La constitution afghane de 2001, soutient la liberté d’expression tout en se reposant sur la charia, la loi islamique. Si bien que tout ce qui est contraire à l’islam peut être punit de mort. Depuis la chute du régime taliban, les médias fleurissent en Afghanistan, mais la liberté de la presse reste une réalité bien fragile. L’insécurité, le poids des conservateurs, la menace de certains chefs de guerre et parfois la pression gouvernementale pèsent sur les media afghans.

17/06/2007

Attentat meurtrier à Kaboul

Recrudescence des attentats à Kaboul

C’est peut-être le début d’une nouvelle vague d’attentats à Kaboul. Dimanche matin, l’explosion d’un car de la police afghane tuait environ 35 personnes, en majorité des policiers. La veille, toujours dans la capitale afghane, une voiture piégée faisait 3 morts, et un afghan était tué par un tir « accidentel » américain.

Dimanche matin, à 8h10 (heure locale), les habitants du centre ville de Kaboul pouvaient entendre une retentissante et puissante explosion : un bus transportant des policiers afghans en était la cible. L’attentat a fait environ 35 morts, en majorité des policiers et plusieurs dizaines de blessés.
L’explosion a retentit en plein centre ville, dans un quartier très fréquenté. Juste en face du quartier général de la police et à quelques pas du Ministère de l’Intérieur afghan. La police afghane, quelques soldats de l’OTAN (Turcs et Français) ont bouclé le lieu de l’attentat, ne laissant passer qu’ambulances, policiers et journalistes.
A voir la carcasse du véhicule, l’explosion, d’une extrême violence, s’est produite à l’avant du car, soufflant le toit et propulsant jusqu’à une trentaine de mètres débris et lambeaux humains. Des éclats volants ont blessé des passants aux alentours dont deux Japonais et un Sud-Coréen. La déflagration provoquée par l’explosion a également touché deux minibus transportant des civils dont certains ont été blessés.
Les victimes ont immédiatement été transférées à l’hôpital Jamhuriat, gardé par les policiers, à quelques mètres du lieu de l’attentat. Quelques familles attendaient dans la cour. Le docteur Fazel Rahim est sorti pour annoncer qu’actuellement 35personnes recevaient des soins, toutes dans un état assez grave.
Un des porte-paroles actuel des Taliban, Qari Youssef Ahmadi, a revendiqué l’attentat au nom du mouvement islamiste, en assurant que le kamikaze était monté dans le bus de policiers. Quant aux enquêteurs de la police afghane, ils privilégient la piste d’une bombe placée à l’avant du car.
Cet attentat est le plus meurtrier à frapper Kaboul et l’Afghanistan depuis la chute du régime taliban, fin 2001. En septembre 2002, un attentat à la voiture piégée à Kaboul avait fait trente morts et une cinquantaine de blessés. Le dernier gros attentat en date touchant la région de Kaboul remonte au mois de février dernier. Il ciblait Dick Cheney, vice-président américain et tuait 24 personnes.
Kaboul est pourtant une ville placée sous haute sécurité. Ces derniers temps, on a pu remarquer le renforcement des check points de nuit, vérifiant tous les véhicules circulants dans le centre ville. La FIAS, la force d’intervention de l’OTAN, en particulier les Turcs et les Français qui ont la responsabilité de la zone de Kaboul, mène régulièrement des patrouilles de jour et de nuit. Les taliban qui ont revendiqué l’attentat ont donc réussi à passer entre les mailles du filet. La recrudescence de ces attentats suicides rappelle les techniques de guérilla irakiennes dont s’inspire de plus en plus le mouvement taliban afin de déstabiliser le gouvernement Karzai.
Plus facile à attaquer, la police afghane est très souvent prise pour cible par les insurgés taliban qui cherchent non seulement à éradiquer la présence des forces étrangères en Afghanistan.mais aussi à frapper les forces afghanes du gouvernement Karzai qui collaborent avec l’OTAN.
A quelques mètres du lieu de l’attentat et à peine une heure après, les habitants du quartier continuaient à travailler, presqu’impassibles. Et la rue retrouvait peu à peu son effervescence habituelle.

Constance de Bonnaventure

23/05/2007

Mort du mollah Dadullah

LE FIGARO
Publié le 14 mai 2007

Actualité International Kaboul
CONSTANCE DE BONNAVENTURE.

Le mollah Dadullah a été tué samedi par les forces afghanes et celles de l'Otan dans la province du Helmand. IL ÉTAIT l'un des principaux chefs talibans en Afghanistan, commandant militaire de la milice islamique pour le sud du pays. Une quarantaine d'années, unijambiste, la barbe broussailleuse et le regard noir, le mollah Dadullah était sans aucun doute le chef militaire le plus redouté de la région. Il a été tué dans la nuit de samedi à dimanche lors d'une opération conjointe des forces afghanes et de l'Otan dans la province du Helmand, selon les autorités afghanes. L'Otan a confirmé la nouvelle. Les talibans, quant à eux, la démentent catégoriquement et parlent de « propagande ». Ils promettent un prochain enregistrement prouvant que Dadullah est encore en vie. Pourtant, hier, le gouverneur de Kandahar, Assadulah Khalid, exhibait le corps du mollah Dadullah devant la presse. « Le mollah Dadullah sera très certainement remplacé, mais un coup important a été porté contre l'insurrection », a commenté hier la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf), qui dépend de l'Otan. Pour elle, si l'on tient compte du rôle du mollah Dadullah au sein de la rébellion, il s'agit d'une victoire non négligeable. Il était l'un des hommes les plus recherchés d'Afghanistan, responsable des attaques dans le sud du pays, un des piliers de la milice islamique, proche du mollah Omar, chef spirituel des talibans. Célèbre pour sa férocité, il a été comparé à Abou Moussab al-Zarqawi, l'ancien chef d'al- Qaida en Irak, tué par un raid américain. Originaire de la province de l'Ourouzgan, proche de Kandahar, le mollah Dadullah a rejoint dès sa création le mouvement taliban, en 1994, au côté du mollah Omar, après avoir combattu les troupes soviétiques dans les années 1980. La perte de sa jambe gauche ne l'empêche pas de poursuivre ses activités guerrières. En 2001, il est tenu pour responsable du massacre d'au moins 170 civils dans la province de Bamiyan. Apôtre des attentats suicides C'est en 2004 qu'il est nommé à la tête des opérations pour le sud et l'ouest de l'Afghanistan. Il devient vite membre du comité exécutif des talibans, qui compte dix personnes. En 2005, il a un rôle décisif dans la préparation de l'offensive des talibans : c'est notamment à lui que l'on doit la généralisation des attentats suicides dont il fait la propagande par l'intermédiaire de vidéos. Dès lors, le mouvement taliban s'inspire des techniques de la guérilla irakienne. Le mollah Dadullah s'est aussi vite posé comme l'interlocuteur obligé des Occidentaux. Il est impliqué dans plusieurs actes terroristes et assassinats d'Occidentaux ou d'Afghans. Lors de l'enlèvement du journaliste italien Daniele Mastrogiacomo, Dadullah négocie sa libération, le 19 mars dernier, en échange de cinq talibans, dont l'un n'est autre que son frère. Quelques jours plus tard, il ordonne la mise à mort de l'interprète de Mastrogiacomo - le chauffeur ayant été tué auparavant -, ce qui avait suscité une vive émotion au sein de la population afghane. Kaboul accuse aussi Dadullah d'avoir ordonné l'exécution d'un délégué suisse de la Croix-Rouge qui avait été enlevé dans le sud de l'Afghanistan en 2003. Lors de l'affaire des caricatures de Mahomet, il aurait promis une récompense de 100 kilos d'or pour chaque assassinat de caricaturiste. Dadullah est l'un des plus hauts responsables talibans à être tué depuis la chute du régime en 2001. Pour le mouvement taliban, c'est une perte importante dont on ne sait si elle peut suffire à déstabiliser l'insurrection. L'intensité des combats de l'été apportera un début de réponse.

http://www.lefigaro.fr/international/20070514.FIG000000297_un_important_chef_taliban...